La règle des 70 % de l'UEFA : le plafond européen, et où se situe le Barça
Assiette de calcul, année civile de référence, barème d'amendes : ce que dit vraiment le squad cost ratio de l'UEFA, et la position du Barça, absent des onze clubs sanctionnés en juin 2026.
Depuis la saison 2025-26, le règlement de l'UEFA plafonne à 70 % le rapport entre le coût de l'effectif d'un club et ses revenus. Ce ratio ne se calcule pourtant ni sur la saison sportive, ni sur le même périmètre que le plafond de LaLiga, avec lequel il est régulièrement confondu. Onze clubs ont été sanctionnés pour l'avoir dépassé sur l'année civile 2025, dont neuf le 30 juin 2026. Le FC Barcelone n'en fait pas partie, ce qui ne signifie pas qu'il soit quitte de tout engagement européen.
Ce que le squad cost ratio met dans la balance
La règle s'appelle squad cost rule, l'indicateur squad cost ratio, et son calcul figure à l'article 93 du règlement de l'UEFA sur l'octroi de licence aux clubs et la durabilité financière (UEFA Club Licensing and Financial Sustainability Regulations, édition 2026). Au numérateur, quatre postes : les charges de personnel des « personnes concernées », l'amortissement du coût d'acquisition de leurs contrats, le solde des opérations de prêt et les commissions d'agents, d'intermédiaires ou de parties liées.
Les « personnes concernées » ne sont pas tous les salariés du club. L'annexe K vise les joueurs professionnels masculins inscrits à un moment quelconque de la période, ceux prêtés ailleurs pour la part de salaire restée à la charge du club, ainsi que l'entraîneur principal, en poste ou encore rémunéré après son départ. Le texte ratisse large sur la nature des rémunérations : salaires bruts avant impôt, primes de signature et de résultat, droits à l'image, indemnités de rupture, cotisations patronales, et même les sommes versées en cryptomonnaies, fan tokens ou jetons non fongibles.
Au dénominateur figure non pas le chiffre d'affaires brut mais un « revenu d'exploitation ajusté » : billetterie, sponsoring, droits de diffusion, activités commerciales, primes et solidarité UEFA, autres produits d'exploitation et activités non footballistiques liées au club, diminués notamment des produits exceptionnels et des opérations conclues au-dessus de leur valeur de marché. S'y ajoutent le résultat net des cessions de contrats, les dépréciations de ces mêmes contrats et les autres produits et charges de transfert.
Une photo au 31 décembre, pas à la clôture des comptes
Le point le plus mal compris est calendaire. Charges et revenu ajusté se mesurent sur les douze mois jusqu'au 31 décembre de la saison de licence, soit une année civile et non une saison sportive ; les éléments de transfert, eux, sur trente-six mois jusqu'à la même date, ramenés à une base annuelle. Seuls les clubs qui clôturent au 31 mai ou au 30 novembre peuvent demander une autre période, le 30 novembre remplaçant alors le 31 décembre. Le Barça, dont l'exercice comptable court du 1er juillet au 30 juin, doit donc produire des états intermédiaires au 31 décembre.
Deux filtres jouent en amont. Le contrôle des coûts ne vise que les clubs qualifiés pour une phase de ligue, et il exempte ceux dont les charges de personnel, tous salariés confondus, restent sous 30 M€ sur l'exercice clos l'année du lancement des compétitions comme sur le précédent. Un correctif fiscal existe aussi pour les clubs dont le multiplicateur d'impôts et de cotisations dépasse le multiplicateur de référence de l'UEFA, fixé à 2,16 : ils retranchent l'écart de leur numérateur.
90 %, 80 %, 70 % : un plafond arrivé par paliers
Le dispositif a remplacé le fair-play financier. L'UEFA l'a présenté le 7 avril 2022, pour une entrée en vigueur annoncée en juin 2022. Il repose sur trois piliers : la solvabilité (aucun impayé aux échéances des 15 juillet, 15 octobre et 15 janvier), la stabilité — la football earnings rule, qui tolère un déficit cumulé de 5 M€ sur trois exercices, porté à 60 M€ si le dépassement est entièrement couvert par des apports ou des fonds propres, et au-delà encore pour les clubs qui remplissent plusieurs conditions de santé financière — et le contrôle des coûts.
Celui-ci n'a jamais été appliqué à 70 % d'emblée. Selon l'explication publiée par l'UEFA, la limite était de 90 % en 2023-24, de 80 % en 2024-25, puis de 70 % à partir de 2025-26. L'édition 2026 du règlement, adoptée par le Comité exécutif le 20 mai 2026 à Istanbul et en vigueur depuis le 1er juin, n'a pas touché au seuil : l'article 94 tient en une phrase.
Ce qu'un dépassement coûte réellement
L'annexe L organise la sanction. Le club fautif écope d'une « mesure disciplinaire financière » assise sur son excédent de coût d'effectif, c'est-à-dire le montant en euros qu'il aurait fallu économiser pour ramener le ratio à 70 %. Le barème va de 10 à 25 % de cet excédent pour un premier dépassement d'au plus dix points et monte jusqu'à 75-100 % au-delà de trente points : le pourcentage retenu croît à la fois avec l'écart en points et avec le nombre de manquements commis sur les quatre dernières saisons de licence. La somme est retenue sur les primes et la solidarité européennes ; si elles n'y suffisent pas, le club paie la différence. Au-delà de vingt points d'écart — ou de dix points en cas de dépassement déjà constaté dans les trois saisons précédentes, ou d'un simple dépassement après deux manquements sur ces mêmes trois saisons — le manquement devient « significatif » et des mesures disciplinaires s'ajoutent à l'amende.
Le seuil de 70 % a produit ses premières sanctions en juin 2026. Le 17 juin, l'Olympique de Marseille et l'AS Roma, tous deux sous accord de règlement, ont écopé chacun de 4 M€ d'amende supplémentaire pour un ratio supérieur à 70 % sur l'année civile 2025. Le 30 juin, neuf autres clubs ont été sanctionnés pour le même motif : Strasbourg (25 M€ d'amende dont 12 M€ conditionnels), Aston Villa (22,5 M€ dont 15 M€), Fenerbahçe (7 M€), la Fiorentina (6 M€), Chelsea (3 M€ dont 2 M€), Newcastle (3 M€), Nottingham Forest (2,5 M€), l'AEK Athènes (0,5 M€) et Nice (0,45 M€). Strasbourg et Aston Villa, en manquement significatif, subissent en outre une restriction d'inscription sur leur liste A en 2026-27. Un an plus tôt, au seuil de 80 %, la même instance avait infligé 11 M€ à Chelsea et 6 M€ à Aston Villa. Deux clubs, enfin, ont dépassé les 70 % sans amende :
« Bologne et Naples ont elles aussi déclaré un squad cost ratio supérieur à 70 %. Leur écart a toutefois été entièrement compensé par l'excédent de football earnings déclaré sur les exercices clos en 2025 et 2026, un facteur prévu par le règlement. » (communiqué de l'UEFA du 30 juin 2026, traduit de l'anglais)
Où se situe le FC Barcelone
Le Barça a disputé la phase de ligue 2025-26 et relevait donc du contrôle des coûts : son nom n'apparaît dans aucune de ces deux décisions. Dans le document budgétaire daté du 19 octobre 2025, le club publie son propre indicateur : le coût sportif — salaires et amortissements, football et autres sections comprises — rapporté aux revenus d'exploitation hors vente de droits télévisés ressort à 54 % pour 2024-25 et à 53 % au budget 2025-26, après 98 % en 2020-21 et 79 % en 2022-23. Ce périmètre n'est pas celui de l'UEFA et le club ne publie pas son squad cost ratio au sens du règlement européen : faute de chiffre, seule son absence des décisions de l'Instance de contrôle financier des clubs indique qu'il n'a pas été jugé en infraction.
Le vrai dossier européen du club est ailleurs. Le 4 juillet 2025, l'UEFA a annoncé que la première chambre de l'Instance de contrôle financier des clubs (CFCB) avait constaté un manquement non pas à la règle des 70 % mais à la football earnings rule, le déficit cumulé des exercices clos en 2023 et 2024 dépassant la déviation acceptable. Le Barça a accepté un accord de règlement de deux ans assorti d'une amende totale de 60 M€, dont 15 M€ inconditionnels et jusqu'à 45 M€ conditionnels. Le résumé publié par l'UEFA fixe un objectif intermédiaire de 5 M€ de déficit maximal sur l'exercice clos en 2026, puis une conformité complète au terme de 2026-27. S'y ajoute une restriction sportive : le club ne peut inscrire de nouveau joueur sur sa liste A européenne que si le solde des transferts de cette liste est positif — mesure qui s'applique en 2026-27 uniquement si l'exercice clos en 2025 s'est soldé par un déficit de football earnings. Le Barça ne figure pas davantage dans la mise à jour du 17 juin 2026, qui sanctionne Marseille et l'AS Roma et acte la sortie du régime de règlement de sept autres clubs.
Pourquoi ce n'est pas le plafond de LaLiga
Les deux dispositifs ne se recouvrent pas. Le límite de coste de plantilla deportiva espagnol est un montant absolu en euros : 432,8 M€ pour le Barça à la dernière actualisation publiée par LaLiga, arrêtée à mars 2026 après le mercato d'hiver, contre 761,2 M€ pour le Real Madrid ; début août 2026, la ligue affiche toujours les seules limites 2025-26. Sa sanction est administrative et immédiate, puisque selon l'article 93.2 des Normas de Elaboración de Presupuestos de LaLiga, la ligue n'inscrit aucun joueur, sauf exceptions prévues par le texte, dès lors que son coût individuel ferait dépasser le solde disponible. Le ratio de l'UEFA, lui, est relatif, mesuré après coup sur l'année civile, et se paie d'abord en argent. Un club peut donc être bloqué à l'inscription en Espagne tout en restant sous les 70 % à Nyon, ou l'inverse.